Fran, Grace et Murph : trois benchmarks, trois filières énergétiques
Dans l'écosystème CrossFit, certaines séances ne sont pas des entraînements : ce sont des étalons. Un benchmark est un workout standardisé dont le format, les charges et les standards de mouvement sont figés, afin que tout athlète, partout dans le monde, puisse y comparer son score. Fran, Grace et Murph constituent le trio le plus emblématique. Pas par hasard : à eux trois, ils balayent les trois filières énergétiques qui sous-tendent l'ensemble de votre fitness — phosphagène, glycolytique et oxydative.
Les Girls (Fran, Grace, et leurs cousines Helen, Cindy ou Diane) ont été baptisées en 2003 par Greg Glassman, fondateur du CrossFit, sur le modèle des ouragans : « ces séances laissent les athlètes par terre comme des tornades ». Les Hero WODs, eux, rendent hommage à des militaires ou premiers répondants tombés en service. Murph en est l'archétype, dédié au lieutenant Michael P. Murphy, Navy SEAL tué en Afghanistan en 2005.
Pour un athlète d'endurance qui pratique le cross-training en complément, ces trois tests offrent une cartographie objective de capacités que votre montre GPS ne mesure pas : tolérance à l'acidose, puissance répétée du haut du corps, endurance musculaire sous charge. Ils ne remplacent pas vos sorties course ou vos blocs vélo — ils les éclairent.
Vue d'ensemble des trois benchmarks de référence
| Benchmark | Durée moyenne | Filière dominante | Adaptation visée |
|---|---|---|---|
| Fran | 3 à 9 min | Glycolytique | Tolérance à l'acidose, puissance répétée |
| Grace | 2 à 8 min | Phosphagène + glycolytique | Puissance maximale répétée |
| Murph | 35 à 75 min | Oxydative + endurance musculaire | Capacité aérobie sous charge |
Fran, Grace et Murph : trois benchmarks, trois filières énergétiques

Pourquoi un trio plutôt qu'un seul test
Un seul benchmark ne raconte qu'une partie de l'histoire. Si vous excellez sur Fran mais peinez sur Murph, votre profil est explosif mais limité en endurance ; l'inverse trahit une base aérobie solide doublée d'un déficit de puissance. Le trio Fran-Grace-Murph couvre trois axes complémentaires : intensité courte avec dette d'oxygène (Fran), puissance maximale répétée sous fatigue (Grace), endurance musculaire prolongée (Murph). Cette cartographie en triangle vous évite l'écueil classique du sportif d'endurance qui ne mesure que son VO2max et son seuil. Les trois scores, lus ensemble, dessinent un profil de fitness intégré : où vous êtes fort, où vous fuyez, et où placer votre prochain bloc de travail. C'est précisément cette lecture croisée qui transforme un benchmark de simple chrono en outil de pilotage.
L'histoire des Girls et des Hero WODs
Greg Glassman a publié Fran le 9 février 2003 dans le tout premier journal CrossFit. Le choix du prénom féminin reprenait la convention météorologique de nommer les ouragans : « Si une séance vous laisse couché par terre en quelques minutes, elle mérite un nom de tempête ». Suivront Helen, Grace, Cindy, Diane, Karen, Annie — formant la cohorte des Girls. Les Hero WODs, eux, naissent en 2005 avec Murph, première séance dédiée à un soldat tombé. Plus de 200 Hero WODs existent aujourd'hui (DT, Glen, Holleyman...), chacun rappelant un parcours. Cette dimension mémorielle, exécutée chaque Memorial Day par des centaines de milliers d'athlètes, donne au CrossFit une couche communautaire et symbolique unique dans le paysage du fitness moderne.
Pour quels athlètes ces benchmarks sont-ils pertinents
Coureurs sur route, triathlètes courte et longue distance, hyroxers, ultra-traileurs, athlètes en reprise post-blessure : tous ont intérêt à intégrer ce trio à leur planification annuelle. Pour un marathonien, Fran révèle la capacité à finir en accélération malgré l'acidose des dix derniers kilomètres. Pour un triathlète, Grace mesure la puissance utile en sortie de virage à vélo ou sur une côte courte. Pour un ultra-traileur, Murph teste la résistance musculaire à l'effort prolongé qui décide d'un finish à 30 heures. Pour un athlète en reprise progressive, la version scaled de Fran offre un repère reproductible sans surcharger l'appareil locomoteur. Ces benchmarks ne sont pas réservés aux crossfiteurs purs : ils sont des indicateurs transversaux que toute pratique d'endurance peut s'approprier.
Fran décortiquée : le test de référence du seuil glycolytique
Fran, c'est 21-15-9 répétitions de thrusters à 43 kg (30 kg pour les femmes) et de tractions strictes ou kipping. Sur le papier, 90 répétitions seulement. Dans la réalité, c'est l'un des tests les plus impitoyables du CrossFit : entre 3 minutes pour les élites et 9 minutes pour un débutant avancé, vous traversez intégralement votre filière glycolytique. Le lactate s'accumule, le pH chute, la coordination du thruster se dégrade, et chaque traction devient une négociation avec votre dette d'oxygène.
Ce que Fran mesure, fondamentalement, c'est votre capacité à maintenir une puissance élevée du haut du corps malgré une acidose métabolique massive. Aucune autre séance courte ne livre cette information avec autant de précision. Pour un coureur de 10 km ou de semi, c'est le miroir de votre tolérance aux derniers 2 kilomètres. Pour un triathlète, c'est la photographie de votre capacité à enchaîner T2 et premiers kilomètres de course à pleine intensité.
Trois leviers déterminent votre temps : la technique du thruster (chaîne fluide front squat → push press, pas de rupture en haut), la stratégie de pull-up (gestion du grip avant que les ampoules ne cèdent), et le pacing (l'erreur classique étant de partir unbroken sur les 21 et de payer cash sur les 15). Le scaling intelligent — bandes, ring rows, charge réduite à 30/20 kg — préserve l'intensité quand la version Rx vous éjecte au-delà des 9 minutes.
Temps cibles Fran par niveau d'athlète
| Niveau | Temps Fran (Rx) | Profil physiologique |
|---|---|---|
| Élite | < 2:30 | Tolérance glycolytique exceptionnelle |
| Avancé | 2:30 – 4:00 | Puissance répétée maîtrisée |
| Intermédiaire | 4:00 – 6:00 | Bonne capacité, marge technique |
| Débutant Rx | 6:00 – 9:00 | Stimulus pertinent maintenu |
| Au-delà de 9:00 | Scaler | Test sort de sa filière cible |
Anatomie d'un Fran sous 5 minutes

Format exact et standards de mouvement
Le thruster est l'enchaînement fluide d'un front squat en position fond complet (hanches sous les genoux) et d'un push press au-dessus de la tête, bras verrouillés, oreilles visibles entre les biceps. Toute pause au rack annule la fluidité du geste. La traction validée exige le menton strictement au-dessus de la barre, bras complètement tendus en bas. Le kipping (oscillation hanches) et le butterfly sont autorisés en Rx, mais imposent une coordination épaule-tronc que beaucoup d'athlètes d'endurance n'ont pas développée. Si vous débutez, la traction stricte ou avec bande élastique reste préférable : Fran mesurera votre vraie puissance répétée plutôt que votre seule habileté à kipper. Filmez votre premier essai pour valider amplitude et verrouillage — c'est la condition d'un score comparable dans le temps.
Temps cibles par niveau
Un Fran sous 3 minutes signe une capacité glycolytique élite : vous tolérez un lactate sanguin supérieur à 14 mmol/L tout en maintenant la coordination motrice. Entre 3 et 4 minutes, votre puissance répétée et votre technique sont solides ; vous êtes dans la zone des compétiteurs régionaux amateurs. Entre 4 et 6 minutes, vous êtes intermédiaire confirmé — la marge porte sur le pacing et la gestion des pulls. Entre 6 et 9 minutes, le test reste pertinent comme stimulus glycolytique, mais le risque d'allonger en zone aérobie augmente. Au-delà de 9 minutes, Fran ne mesure plus ce qu'elle est censée mesurer : vous travaillez en filière oxydative basse, et le bénéfice diagnostique disparaît. Pour un athlète d'endurance qui débute le CrossFit, viser 5 à 7 minutes constitue déjà un excellent marqueur de tolérance glycolytique transférable aux finishs de course.
Stratégies de pacing et scaling
Trois découpes dominent sur Fran. La stratégie unbroken (21-15-9 enchaînés sans pause) est réservée aux athlètes sub-3 minutes : elle exige une tolérance à l'acidose hors norme. La découpe classique 11-10 / 8-7 / 9 sécurise les transitions et préserve les épaules pour les tractions. La découpe 11-7-5 puis 8-7 / 9 s'adresse aux athlètes intermédiaires qui veulent garder un rythme soutenu sans exploser sur la série de 15. Côté scaling, trois leviers progressifs : réduire la charge du thruster (35 kg, 30 kg, 25 kg), passer en jumping pull-ups si le grip ou la traction stricte limitent, puis en ring rows si l'épaule n'est pas encore prête à supporter la suspension complète. La règle d'or : maintenir le temps total entre 4 et 8 minutes pour que le test reste glycolytique. Un Fran scaled à 5 minutes vous apprendra infiniment plus qu'un Fran Rx à 12 minutes.
Grace : 30 épaulés-jetés pour mesurer la puissance répétée
Grace tient en une ligne : 30 épaulés-jetés à 61 kg pour les hommes, 43 kg pour les femmes, le plus vite possible. Pas de schéma, pas de complexité, pas de cardio en apparence. Et pourtant, entre 2 minutes pour les élites et 8 minutes pour les Rx débutants, Grace expose impitoyablement votre puissance répétée et la robustesse de votre technique d'épaulé sous fatigue. C'est le benchmark préféré des coachs pour évaluer si un athlète sait gérer une barre sous charge dans la durée — une compétence directement transférable au trail (relances en côte, redémarrage après marche) et au triathlon (sortie de virage en danseuse).
Le débat technique central oppose l'enchaînement touch and go (la barre rebondit au sol et repart) et la single rep (lâcher complet à chaque rep, reprise depuis l'arrêt). Le touch and go gagne du temps mais coûte cher au dos lombaire ; la single rep est plus sûre mais ajoute 8 à 12 secondes au temps total. La plupart des athlètes intermédiaires gagnent à mixer : touch and go sur les 10 premières reps, single rep sur les 20 suivantes.
Côté stratégie, trois grands schémas dominent : le cluster 10-10-10 (trois mini-blocs avec 8 à 12 secondes de repos), le 5×6 (six séries de cinq pour les profils techniques), et le rare unbroken réservé aux compétiteurs nationaux. L'erreur classique : partir trop vite sur les 10 premières reps et payer un reset interminable au 20e épaulé.
Stratégies de cadence sur Grace selon le niveau
| Stratégie | Profil cible | Temps visé | Repos cumulé |
|---|---|---|---|
| Unbroken | Élite (sub-2 min) | < 2:00 | 0 s |
| Cluster 10-10-10 | Avancé | 2:00 – 3:30 | 20 – 30 s |
| 5 × 6 reps | Intermédiaire | 3:30 – 5:30 | 40 – 60 s |
| EMOM 3 reps | Débutant Rx | 6:00 – 8:00 | 90 – 120 s |
Décomposer 30 épaulés-jetés en clusters intelligents

Format et standards de Grace
L'épaulé valide se conclut par les coudes hauts, la barre au rack avant, hanches et genoux verrouillés. L'épaulé puissance (power clean) suffit pour Grace : pas besoin de descendre en squat. Le jeté se réalise au choix en push jerk (réception bras tendus, hanches verrouillées) ou en split jerk (réception en fente). Le push jerk gagne du temps en transition mais sollicite davantage les triceps et l'épaule sous fatigue ; le split jerk économise les bras au prix d'un footwork irréprochable. La répétition est validée bras complètement verrouillés au-dessus de la tête, oreilles visibles, pieds alignés sous les hanches. Pour préparer Grace, dédiez deux à trois séances par semaine à la technique du clean and jerk à charge modérée — 50 à 70 % du poids cible — avant de chronométrer le test complet.
Stratégies de cadence selon le niveau
Le cluster 10-10-10 est la stratégie reine pour 80 % des athlètes intermédiaires : il offre deux fenêtres de respiration courtes (8 à 12 secondes), maintient une cadence agressive et limite le risque technique sur les dernières reps. Le 5×6 convient aux profils techniques mais limités cardio : six séries propres avec 10 secondes de pause préservent la qualité de chaque épaulé. L'EMOM 3 reps sur 10 minutes est un excellent point d'entrée pour le débutant Rx : la contrainte temporelle (3 reps par minute) impose une cadence régulière sans risque d'effondrement technique. Pour les athlètes d'endurance, l'EMOM est souvent supérieur à un Grace chronométré classique pendant les six premières semaines : il construit la base de puissance répétée sans exposer le lombaire à une accumulation de fatigue technique. Au-delà de cette phase d'adaptation, vous pourrez basculer sur le cluster 10-10-10 et chronométrer.
Pourquoi Grace intéresse les athlètes d'endurance
L'épaulé-jeté est l'un des mouvements les plus complets pour développer la puissance utile d'un athlète d'endurance. Il sollicite la chaîne postérieure (ischio-jambiers, fessiers, érecteurs du rachis) en triple extension, exactement le pattern moteur d'une poussée en montée ou d'un sprint final. Pour le triathlète, Grace renforce la coordination tronc-membres essentielle aux transitions T1 et T2 sous fatigue. Pour l'ultra-traileur, c'est un investissement direct dans l'économie de marche-course en côte : plus la chaîne postérieure absorbe et restitue d'énergie élastique, plus la fréquence de pas reste haute en fin de course. Trois à six semaines de travail technique progressif sur le clean and jerk, à charge modérée, suffisent à constater un gain mesurable en puissance pic au saut vertical et en économie de course à intensité tempo.
Murph : le marathon des benchmarks pour l'endurance musculaire
Murph, c'est une équation simple et un cauchemar pour les bras : 1,6 km de course, puis 100 tractions, 200 pompes, 300 squats, puis 1,6 km de course retour, idéalement avec gilet lesté de 9 kg pour les hommes et 6 kg pour les femmes. Six cents répétitions gymniques encadrées par deux miles. Pour un athlète Rx confirmé, le finish oscille entre 35 et 50 minutes ; pour la majorité des amateurs, comptez 50 à 75 minutes ; pour un premier essai sans gilet en version partitionnée, 60 à 90 minutes.
L'histoire est gravée dans l'ADN du CrossFit. Le lieutenant Michael P. Murphy, officier des Navy SEAL, est tué le 28 juin 2005 dans la vallée du Korangal en Afghanistan lors de l'opération Red Wings, qu'il a sauvée en sortant à découvert pour appeler les renforts. Le workout — qu'il appelait « Body Armor » — était une de ses séances favorites. Chaque Memorial Day (dernier lundi de mai), des centaines de milliers d'athlètes exécutent Murph à travers le monde.
Deux choix structurent votre approche. Partitionner ou non : la version « non partitionnée » impose de terminer les 100 tractions avant de toucher la première pompe, ce qui est réservé aux athlètes très avancés. La version Cindy-style (20 rounds de 5 tractions, 10 pompes, 15 squats) est l'approche recommandée pour 95 % des pratiquants — elle préserve les épaules et permet un rythme soutenu. Gilet ou non : sans gilet pour vos trois premiers Murph, avec gilet uniquement quand votre score scaled descend sous 45 minutes.
Murph : plan de pacing pour un finish sous 50 minutes

Le format complet et l'histoire de Murph
Michael P. Murphy avait 29 ans et était officier des Navy SEAL Team 10 lorsqu'il fut tué en Afghanistan. Premier militaire à recevoir la Medal of Honor pour ses actions en Afghanistan, il est devenu l'emblème du sacrifice dans la communauté militaire américaine. Le Memorial Day Murph Challenge lancé par la Lt. Michael P. Murphy Memorial Scholarship Foundation a transformé ce workout en rituel annuel mondial, levant des fonds pour des bourses étudiantes. Le format intégral, exécuté en version Rx avec gilet de 9 kg, totalise environ 6 200 répétitions cumulées en charge — soit l'équivalent d'une séance de force-endurance prolongée combinée à 3,2 km de course. Aucune autre séance n'unit aussi clairement performance pure, hommage et dimension communautaire. C'est la raison pour laquelle Murph dépasse le cadre du CrossFit et attire chaque année des coureurs, des militaires actifs et des athlètes hybrides.
Partitionner ou non, gilet ou pas
La version non partitionnée (100 tractions intégrales, puis 200 pompes intégrales, puis 300 squats intégraux) est techniquement plus dure : elle bloque les épaules en grip pendant 15 à 25 minutes, puis sollicite les triceps sur les 200 pompes. Réservez-la aux athlètes capables de réaliser 20+ tractions strictes consécutives. La version partitionnée Cindy-style (20 rounds de 5-10-15) répartit la charge gymnique sur l'ensemble du workout, ménage les épaules et maintient la fréquence cardiaque dans la fenêtre aérobie haute — c'est le choix par défaut pour 95 % des pratiquants, y compris compétiteurs régionaux. Côté gilet : sans gilet pour les trois premières exécutions, avec gilet lesté uniquement lorsque votre Murph sans gilet descend sous 45 minutes et que votre charge chronique CTL est stable depuis huit semaines minimum. Le gilet ajoute 15 à 25 % au temps total et multiplie par 2 à 3 le risque d'inflammation rhabdomyolytique chez l'athlète mal préparé.
Plan de pacing pour viser sub-50 minutes
Un finish à 50 minutes en version partitionnée sans gilet se construit ainsi. Première course (1,6 km) : 8 minutes, allure 5:00/km contrôlée, fréquence cardiaque à 80 % de la FCmax. 20 rounds Cindy-style en 32 minutes, soit 1:36 par round : 5 tractions enchaînées (8 secondes), 10 pompes en 2 sets de 5 (15 secondes), 15 squats unbroken (20 secondes), transition (8 secondes). Deuxième course (1,6 km) : 9 à 10 minutes, allure légèrement plus lente que la première car les jambes sont chargées, fréquence cardiaque à 85 % de la FCmax acceptée. Hydratez-vous deux fois pendant la phase gymnique (gorgée de 100 ml après le 7e et le 14e round). Pour passer sous 45 minutes, la marge se gagne sur les transitions plutôt que sur la cadence pure : 5 secondes économisées par round représentent 1:40 sur le total. La métrique HRV au lendemain validera si l'intensité choisie était soutenable ou si vous avez tapé trop bas dans vos réserves.
Comparatif chiffré Fran, Grace, Murph et profils d'athlètes
Lire les trois benchmarks ensemble change radicalement leur valeur informative. Un score isolé sur Fran n'est qu'un chrono ; trois scores croisés deviennent une carte d'identité physiologique. C'est exactement ce que permet le rapprochement Fran-Grace-Murph : projeter votre profil sur un triangle où chaque sommet représente une dominante (puissance courte, puissance répétée, endurance musculaire) et identifier votre axe faible.
Pour un marathonien préparant un sub-4h, Murph est l'indicateur prioritaire — il valide l'endurance musculaire qui décide des derniers 10 kilomètres. Pour un triathlète longue distance, Grace mérite la priorité : la puissance répétée transfère directement à la sortie de virage à vélo et aux relances en course. Pour un ultra-traileur, le trio entier compte, mais Fran reste l'indicateur sentinelle de la capacité à finir une montée raide en haute intensité après huit heures d'effort. Pour un athlète en reprise post-blessure, seul Murph en version largement scaled (course remplacée par vélo, pompes sur les genoux) est pertinent — il offre un repère reproductible sans surcharger un appareil locomoteur en réadaptation.
Comparatif synthétique des trois benchmarks
| Critère | Fran | Grace | Murph |
|---|---|---|---|
| Durée typique amateur | 4 – 7 min | 3 – 6 min | 45 – 65 min |
| Charge externe | 43 / 30 kg | 61 / 43 kg | Gilet 9 / 6 kg (option) |
| Équipement | Barre + traction | Barre olympique | Barre traction + sol + chaussures course |
| Fréquence retest | Trimestrielle | Trimestrielle | Trimestrielle |
| Priorité pour coureur | Élevée | Moyenne | Très élevée |
| Priorité pour triathlète | Élevée | Très élevée | Élevée |
| Priorité reprise post-blessure | Scaled uniquement | Non recommandée < 3 mois | Scaled large uniquement |
Trois profils d'athlètes face à Fran, Grace et Murph

Tableau comparatif synthétique
Les trois benchmarks ne se valent pas en investissement temps et en coût de récupération. Fran demande 15 minutes échauffement compris et 24 à 48 heures de récupération nerveuse. Grace exige 20 minutes avec ses cinq épaulés progressifs d'échauffement et 48 heures pour le système nerveux central. Murph mobilise une demi-journée complète (échauffement, exécution, ravitaillement, étirements) et 72 à 96 heures de récupération musculaire avant de pouvoir reprendre une séance intense. Côté équipement, Fran et Grace tiennent dans un coin de salle ; Murph exige un parcours de course mesuré et stable (route plate, piste, ou tapis calibré). Cette différence d'empreinte logistique influe directement sur la fréquence de retest réaliste : trimestrielle pour les trois, mais avec des fenêtres de planification distinctes que vous synchroniserez avec votre saison principale.
Quel benchmark pour quel objectif de saison
Si vous préparez un marathon sub-4h, Murph est votre priorité : il valide la capacité de votre chaîne postérieure à encaisser 600 répétitions encadrées par 3,2 km. Programmez un retest huit semaines avant votre objectif marathon. Si votre cible est un triathlon longue distance (half ou full Ironman), Grace doit dominer : douze semaines de travail clean and jerk progressif, retest six semaines avant la course. Pour un Hyrox, le trio entier est pertinent — c'est précisément le profil hybride qu'Hyrox récompense. Pour un ultra-trail type UTMB, Fran reste le marqueur le plus discriminant : votre capacité à terminer une montée raide en zone glycolytique après vingt heures d'effort dépend exactement de ce que Fran mesure. Notre plan d'entraînement ultra trail 12 semaines intègre d'ailleurs deux fenêtres de retest Fran scaled pendant le bloc de préparation.
Lire ses trois scores comme une cartographie de fitness
Croisez vos trois temps sur un radar à trois axes : Fran (puissance glycolytique), Grace (puissance répétée), Murph (endurance musculaire). Un athlète équilibré se situe entre intermédiaire et avancé sur les trois. Un athlète puissance dominante affiche un excellent Grace et un Fran rapide, mais un Murph long ; il doit investir en base aérobie. Un athlète endurance dominante termine un Murph propre mais peine sur Fran et Grace ; sa programmation manque de stimuli courts à haute intensité. Cette lecture, refaite tous les trois mois, transforme votre planification en pilotage par données plutôt qu'en intuition. C'est exactement la lecture qu'une plateforme de suivi de charge multi-sport peut automatiser pour vous, en croisant ces scores avec l'explication des métriques Garmin running et votre VO2max estimé.
Intégrer Fran, Grace et Murph dans une charge d'entraînement quantifiée
Un benchmark mal placé est un benchmark perdu. Pire : c'est souvent le point d'entrée d'une blessure. La règle absolue : un benchmark se planifie comme une compétition courte, dans une fenêtre où votre TSB (Training Stress Balance) est légèrement positif (entre +5 et +15). Trop bas, vous ne livrerez pas votre vraie performance et le score sera inexploitable. Trop haut, vous arrivez détrainé et la mesure reflète un creux artificiel.
La métrique CTL (Chronic Training Load) représente votre fitness chronique sur 42 jours, l'ATL (Acute Training Load) votre fatigue aiguë sur 7 jours, et le TSB la balance entre les deux. Le DRS (Daily Readiness Score) ajoute une couche de variables physiologiques quotidiennes : HRV, qualité du sommeil, RPE de la veille. Placer un benchmark un jour où votre DRS est inférieur à 50/100 est une garantie d'échec.
Côté planification hebdomadaire, deux principes : jamais deux benchmarks dans la même semaine (la fatigue résiduelle masque les progrès réels), et 72 heures minimum entre un benchmark et votre prochaine séance dure. Pour un athlète d'endurance, la fenêtre idéale est un mardi ou mercredi, après deux jours de récupération active (footing zone 2 court le lundi, repos ou natation easy le dimanche).
Calculateur de Zones
Placement hebdomadaire d'un benchmark dans un plan endurance
| Jour | Séance type | Objectif TSB / DRS |
|---|---|---|
| Lundi | Repos ou natation easy 30 min | TSB +10 à +15, DRS > 70 |
| Mardi | Benchmark Fran, Grace ou Murph | TSB > +5, DRS > 75 |
| Mercredi | Récupération active vélo Z2 | ATL en hausse contrôlée |
| Jeudi | Footing tempo 8 km Z3 | DRS recheck |
| Vendredi | Renforcement spécifique léger | TSB neutre |
| Samedi | Sortie longue running Z2-Z3 | Pas de second pic d'intensité |
| Dimanche | Repos complet ou marche | Reset DRS |
Placer un benchmark dans une semaine d'entraînement endurance

CTL, ATL, TSB et DRS expliqués simplement
Imaginez votre forme comme une rivière. Le CTL est le débit moyen sur six semaines : votre fond de capacité, ce qui rend possible une grosse séance. L'ATL est la crue récente, la fatigue accumulée sur la dernière semaine. Le TSB est la différence des deux : positif vous êtes frais, négatif vous êtes fatigué, autour de zéro vous êtes équilibré. Le DRS ajoute la photographie du jour : HRV matinale, sommeil, ressenti subjectif, douleurs résiduelles. Un score sur 100 qui intègre ces variables permet de décider chaque matin si la séance prévue est appropriée. Pour un benchmark, vous voulez TSB entre +5 et +15 et DRS supérieur à 75. En dessous, reportez : un Fran à 6 minutes un jour où vous étiez à votre meilleur niveau vaut bien plus qu'un Fran à 5:30 arraché en surfatigue, parce que le premier est reproductible et le second pas.
Placer Fran, Grace ou Murph dans la semaine
Pour Fran et Grace (séances courtes à haute intensité nerveuse), le mardi ou mercredi est idéal : deux jours après le repos dominical, vous arrivez frais sans avoir perdu en activation. Le jeudi peut convenir si votre dimanche est repos complet. Évitez le vendredi (la sortie longue du samedi en pâtira) et le lundi (vous n'avez pas eu le temps de remonter votre DRS). Pour Murph, la logique change : 60 minutes d'effort musculaire prolongé exigent une semaine de récupération organisée autour. Placez Murph un samedi matin à la place d'une sortie longue, et bloquez 72 à 96 heures de récupération active avant de reprendre une séance intense. Approchez la planification d'un benchmark long comme une demi-compétition. Notre guide sur les symptômes d'une charge d'entraînement excessive détaille les signaux à surveiller dans les 72 heures qui suivent.
Lire la HRV et le DRS au lendemain
Le matin J+1, mesurez votre HRV en position assise après cinq minutes de respiration calme. Une chute supérieure à 15 % par rapport à votre moyenne sept jours signale une absorption normale du stimulus. Une chute supérieure à 30 % indique une surcharge — adaptez la séance suivante en réduisant l'intensité de 20 % et le volume de 30 %. Un DRS stable autour de 60-70/100 le lendemain est attendu après un benchmark bien dosé. Un DRS qui chute à 40 ou en dessous deux jours d'affilée est un signal d'alerte précoce de surcharge cumulée. Pour Murph spécifiquement, surveillez les courbatures lombaires : une douleur diffuse au bas du dos persistante au-delà de 96 heures impose un check kiné. La triangulation HRV + DRS + ressenti subjectif est votre meilleur garde-fou contre le piège classique du sportif amateur ambitieux qui enchaîne les benchmarks « pour voir s'il a progressé ».
Protocole de retest sur 12 mois et progression mesurable
Sans protocole, un benchmark devient un chrono anecdotique. Avec protocole, il devient un outil de pilotage annuel. La structure éprouvée : quatre retests par an, espacés de 12 à 14 semaines, alignés sur les saisons. Ce rythme respecte les délais d'adaptation physiologique (8 à 12 semaines pour qu'un cycle de travail soit mesurable) et offre un calendrier compatible avec la saisonnalité naturelle d'un athlète d'endurance francophone.
La condition absolue : mêmes conditions à chaque retest. Même barre, même barre de traction, même heure de la journée (idéalement 10h ou 18h), même collation pré-effort (par exemple banane + café 90 minutes avant), même échauffement minute par minute, même chaussures pour Murph. Un seul paramètre modifié et la comparaison est invalide. Tenez un journal de bord papier ou numérique avec sept variables minimum : date, score, conditions météo, sommeil de la nuit précédente, RPE final, HRV J+1, et observation qualitative libre.
Ce que vous cherchez à voir au fil de l'année : une réduction graduelle sur Fran et Grace (signe de meilleure puissance répétée et tolérance glycolytique), une augmentation de la tolérance sur Murph (capacité à enchaîner la version Rx avec gilet, ou à réduire le temps en version partitionnée sans gilet). Un plateau de deux retests consécutifs est un signal d'alarme : votre programmation doit être révisée.
Calendrier de retest annuel Fran, Grace et Murph
| Trimestre | Fenêtre | Benchmark prioritaire | Contexte saison endurance |
|---|---|---|---|
| Hiver (janv-mars) | Semaine 4 à 6 | Fran | Phase foncière, base aérobie |
| Printemps (avril-juin) | Semaine 16 à 18 | Grace | Pré-compétition courte |
| Été (juillet-sept) | Semaine 28 à 30 | Murph | Décharge post-objectif principal |
| Automne (oct-déc) | Semaine 40 à 42 | Le trio complet | Bilan annuel, nouvelle planification |
Calendrier de retest 12 mois Fran, Grace et Murph

La règle des sept variables
Calendrier trimestriel sur 12 mois
La fenêtre hiver (semaines 4 à 6) sert de baseline annuelle. Vous sortez de la trêve, votre CTL est stabilisé et votre forme est encore loin du pic. Programmez Fran en priorité — court, peu coûteux, idéal pour amorcer l'année. La fenêtre printemps (semaines 16 à 18) intervient en pleine montée en charge. Grace s'y intègre bien : la puissance répétée est en construction et le retest valide les six semaines de travail technique. La fenêtre été (semaines 28 à 30) suit votre objectif principal de saison (marathon de printemps, triathlon de juin). Murph en version sans gilet sert de marqueur d'endurance musculaire et démarre votre cycle estival. La fenêtre automne (semaines 40 à 42) permet de refaire le trio complet pour un bilan annuel et fonder votre planification de la saison suivante. Cette logique trimestrielle vous évite l'écueil du « retest opportuniste » qui ne mesure rien de comparable.
Conditions de validité d'un retest
Sept variables doivent rester identiques d'un retest à l'autre. L'heure : 10h ou 18h, jamais varier de plus d'une heure entre deux tests. La nutrition : même collation pré-effort 90 minutes avant (idéalement 30 g de glucides + 100 ml d'eau). L'échauffement : protocole minute par minute écrit et rejoué (par exemple 5 min vélo Z2, 5 min mobilité, 5 min montée progressive du poids cible). L'équipement : même barre, même barre de traction, mêmes chaussures, même magnésie. Le sommeil J-1 : minimum 7 heures, sinon reporter. Le DRS : supérieur à 75/100, sinon reporter de 48 heures. L'environnement : même salle, même température si possible. Un retest réalisé à 14h après une nuit de 5 heures avec une nouvelle barre n'est pas comparable au précédent. Mieux vaut reporter d'une semaine que produire une donnée polluée — la consigne s'applique pour Fran, Grace et Murph sans exception.
Lire les courbes et ajuster le cycle suivant
Trois patterns dominent. Progression linéaire : votre temps Fran baisse de 5 à 15 secondes par trimestre, votre Grace de 10 à 20 secondes, votre Murph de 1 à 3 minutes. C'est le signal que votre programmation est bien dosée — maintenez la trajectoire. Plateau : deux retests consécutifs sans variation significative (moins de 3 % d'écart). Le signal demande une révision : changement de modalité, fenêtre de travail dédiée à la filière en plateau, ou réduction de volume si le surentraînement est en cause. Régression : un retest plus long que le précédent malgré des conditions identiques. C'est rarement un problème isolé — vérifiez sommeil, charge cumulée, événements de vie, blessures latentes. Une régression nette sur deux retests d'affilée mérite une décharge programmée et un bilan complet, idéalement croisé avec votre plateau de performance running si vous êtes coureur. La data ne ment pas, mais elle exige d'être lue dans son contexte.
Questions fréquentes
Sous 3 minutes est considéré comme un niveau élite, entre 3 et 4 minutes correspond à un athlète avancé, 4 à 6 minutes à un intermédiaire confirmé et 6 à 9 minutes à un débutant qui maîtrise déjà la technique. Pour un athlète d'endurance qui pratique le CrossFit en complément, viser une zone 5 à 7 minutes constitue déjà un excellent marqueur de capacité glycolytique. Au-delà de 9 minutes, le test perd son sens diagnostique et bascule vers une filière qu'il n'est pas censé mesurer.
La progression passe par trois leviers complémentaires : augmenter le volume gymnique (tractions, pompes) en séries courtes et fréquentes type Greasing the Groove, construire une base aérobie solide avec des sorties course de 45 à 75 minutes en zone 2, et placer un Murph partitionné toutes les 6 à 8 semaines pour mesurer le transfert. Le suivi de la charge chronique CTL évite la surcharge typique de ce benchmark long, qui peut basculer en rhabdomyolyse chez l'athlète mal préparé.
Grace récompense la technique d'épaulé-jeté sous fatigue. Travaillez l'épaulé puissance à 60-70 % de votre 1RM en séries de 3 à 5 répétitions, intégrez un EMOM de 3 épaulés-jetés sur 8 à 10 minutes à 90 % du poids de Grace, et complétez par du gainage spécifique du tronc. Un échauffement complet incluant cinq épaulés progressifs jusqu'au poids cible reste indispensable, faute de quoi votre score sera limité par l'activation neuromusculaire et non par votre vraie puissance.
Commencez par Fran si vous maîtrisez le thruster et la traction, car le test est court et offre une lecture rapide de votre filière glycolytique. Privilégiez Grace si votre objectif est la puissance répétée et que vous avez une technique solide d'épaulé. Réservez Murph à une période où votre charge chronique CTL est stable depuis au moins six semaines, car son volume gymnique expose à la blessure et impose une base de tractions et pompes déjà consolidée.
Pour un athlète amateur sérieux, viser une zone 5 à 7 minutes au Rx (43 kg pour les hommes, 30 kg pour les femmes) constitue un excellent objectif. Si le temps dépasse 9 minutes, scaler le poids ou les tractions pour préserver l'intensité glycolytique : Fran perd son sens diagnostique au-delà de cette durée et bascule vers une filière aérobie qu'elle n'est pas censée mesurer. Mieux vaut un Fran scaled à 5 minutes qu'un Fran Rx à 11 minutes.
Murph rend hommage au lieutenant Michael P. Murphy, officier des Navy SEAL tué en Afghanistan le 28 juin 2005 lors de l'opération Red Wings. Cette séance était une de ses préférées sous le nom de Body Armor, et elle est aujourd'hui exécutée chaque Memorial Day par des milliers d'athlètes à travers le monde. Le format de 600 répétitions encadrées par deux courses de 1,6 km en a fait le Hero WOD le plus emblématique du CrossFit et une référence transversale dans le monde du fitness hybride.
Un retest tous les trois mois constitue le rythme idéal : suffisamment espacé pour qu'une adaptation physiologique mesurable se produise, suffisamment fréquent pour identifier rapidement un plateau. Quatre fenêtres annuelles alignées sur les saisons offrent une cartographie claire de votre progression. Conservez toujours les mêmes conditions (heure, nutrition, échauffement, équipement) pour que la comparaison reste valide — sans ce protocole, vous comparez deux séances différentes qui partagent simplement un nom.
Oui, à condition de les utiliser comme marqueurs de filière et non comme objectif principal. Fran teste votre tolérance glycolytique transférable aux finishs de course, Grace mesure la puissance répétée utile en relances et en côtes, Murph offre un stimulus d'endurance musculaire qui complète parfaitement une préparation marathon ou trail. Trois retests par an suffisent pour suivre cette dimension complémentaire sans perturber votre planification d'endurance principale.
TOA
