L'ultra-trail de 170 km appartient à une catégorie d'efforts où la préparation compte autant que le jour de course. Entre 25 et 45 heures d'effort, plusieurs milliers de mètres de dénivelé, une ou deux nuits sans sommeil et une gestion nutritionnelle de longue haleine : rien ne s'improvise. La bonne nouvelle, c'est qu'un plan d'entraînement structuré, adapté à votre vie et piloté par vos données, transforme un projet intimidant en objectif atteignable. Ce guide vous accompagne des fondations de la préparation jusqu'à l'analyse de vos données post-course, en passant par la personnalisation du plan et les protocoles de reprise après blessure.
Les 5 piliers de la préparation d'un ultra-trail de 170 km
Réussir un ultra de 170 km repose sur quelques principes structurants. Avant de parler de séances précises, il faut comprendre les piliers qui sous-tendent toute préparation solide : la progressivité, le volume, et la spécificité propre à l'ultra-distance.
Progressivité et durée
La première erreur des coureurs motivés est de vouloir brûler les étapes. Une préparation sérieuse pour un ultra de 170 km s'étale sur 6 mois minimum pour un athlète déjà rompu aux longues distances, et jusqu'à 18 à 24 mois si vous débutez sur ce format. L'idée n'est pas d'enchaîner les semaines difficiles, mais de construire une endurance qui résiste à la fatigue sur la durée.
Une périodisation classique se découpe en blocs sur 26 semaines : une phase de construction de base, une phase spécifique orientée dénivelé et longues sorties, un affûtage, puis la course et la récupération. Chaque bloc a un objectif clair, et chaque semaine s'inscrit dans une logique de charge et de récupération alternées.
Périodisation type pour un ultra-trail de 170 km

Volume et fréquence
Le volume est le nerf de la guerre en ultra. En phase de préparation, comptez un volume hebdomadaire moyen de 10 à 15 heures, avec des pics autour de 15 à 20 heures lors des semaines chocs. La fréquence idéale tourne autour de 4 à 5 séances par semaine, réparties intelligemment entre endurance fondamentale, travail au seuil, puissance en côtes et renforcement musculaire.
Cette répartition n'a rien d'arbitraire : elle vise à développer plusieurs qualités complémentaires sans saturer un seul système. L'endurance fondamentale construit votre base aérobie, le seuil améliore votre capacité à soutenir une allure élevée, les côtes développent la puissance spécifique, et le renforcement protège votre corps des chocs répétés.
Répartition des séances par semaine pour un ultra-trail
| Type de séance | Fréquence | Durée | Intensité (RPE) | Objectif |
|---|---|---|---|---|
| Endurance fondamentale | 2x | 1h30-3h | 4-5/10 | Base aérobie |
| Seuil | 1x | 1h-1h30 | 6-7/10 | Endurance spécifique |
| Côtes (puissance) | 1x | 1h-1h30 | 8-9/10 | Puissance aérobie |
| Renforcement musculaire | 2x | 30-60 min | — | Prévention des blessures |
| Sortie longue | 1x | 4h-10h | 3-5/10 | Résistance à la fatigue |
Spécificités de l'ultra-distance
Un ultra de 170 km ne se résume pas à courir longtemps. Vous allez affronter la nuit, avec la fatigue nerveuse et la désorientation qu'elle entraîne, ainsi qu'une gestion nutritionnelle déterminante. Apprendre à ingérer 60 à 90 g de glucides par heure sans déclencher de troubles digestifs est un entraînement à part entière, qui se travaille en sortie longue, semaine après semaine.
Checklist nutrition pour un ultra-trail
Tester vos apports
validez vos gels et barres sur au moins trois sorties longues.
Hydratation
visez 500 ml par heure minimum, avec des électrolytes (sodium, magnésium).
Plan B alimentaire
prévoyez des aliments solides (sandwich, fruits secs) en cas de lassitude des gels.
Récupération
apportez 20 à 30 g de protéines dans les 30 minutes suivant l'effort.
Comment adapter un plan d'entraînement à vos contraintes ?
Le meilleur plan du monde est celui que vous tenez réellement. La personnalisation est donc le cœur d'une préparation réussie : elle doit composer avec votre emploi du temps, votre terrain et votre état physique.
Contraintes de temps
Tout le monde ne dispose pas de 15 heures par semaine. Si votre vie professionnelle et familiale vous laisse 8 heures, la solution n'est pas de tout réduire proportionnellement, mais de prioriser les séances à plus fort impact : la sortie longue, le renforcement et une séance de qualité. Les footings faciles servent de variable d'ajustement, jamais les piliers.
Exemple de plan adapté à 8 heures par semaine
| Jour | Séance | Durée | Intensité | Adaptation |
|---|---|---|---|---|
| Lundi | Renforcement | 30 min | — | Circuit gainage / squats |
| Mardi | Endurance active | 1h | Z2 | Footing vallonné |
| Mercredi | Seuil | 45 min | Z3-Z4 | 3x8 min au seuil |
| Jeudi | Récupération | 30 min | Z1 | Marche ou natation |
| Vendredi | Côtes | 1h | Z5 | 8x1 min en montée |
| Samedi | Sortie longue | 3h-4h | Z1-Z2 | 800-1 200 m de D+ |
| Dimanche | Repos | — | — | Étirements / mobilité |
Pour calibrer une allure d'endurance juste sur ces footings limités, appuyez-vous sur une méthode fiable de calcul de votre allure d'endurance fondamentale plutôt que sur le ressenti seul.
Contraintes de terrain
Vivre loin de la montagne n'est pas une fatalité. Le dénivelé se simule : escaliers d'immeuble, tapis incliné, répétitions de côtes courtes, marche rapide avec sac lesté. L'objectif est d'habituer vos quadriceps à la montée et surtout vos appuis à la descente, qui reste le geste le plus traumatisant en ultra.
La descente, votre vrai chantier
Contraintes physiques
Une tendinopathie qui traîne, une reprise après fracture de stress, un genou fragile : ces réalités imposent d'adapter le plan sans renoncer à l'objectif. La règle est de progresser par paliers en surveillant la douleur, et de réintroduire le dénivelé seulement une fois la course à plat indolore et fluide. Nous détaillons les protocoles dans une section dédiée plus bas.
Calculer sa charge d'entraînement : CTL, ATL, TSB et dénivelé
Piloter sa préparation au feeling fonctionne jusqu'à un certain point. Pour un ultra de 170 km, mesurer objectivement votre charge d'entraînement devient indispensable pour progresser sans vous blesser.
CTL, ATL et TSB : définitions et calcul
Trois indicateurs structurent le suivi de charge moderne. Le CTL (Chronic Training Load) représente votre forme de fond, une moyenne lissée de votre charge sur environ six semaines. L'ATL (Acute Training Load) reflète votre fatigue récente, sur une semaine environ. Le TSB (Training Stress Balance), différence entre les deux, indique votre fraîcheur : positif, vous êtes reposé ; négatif, vous êtes en surcharge.
L'enjeu spécifique au trail est la pondération du dénivelé. Un suivi basé sur la seule distance sous-estime gravement l'effort en montagne. Une approche courante consiste à convertir le dénivelé en distance équivalente, par exemple en considérant que 100 m de D+ équivalent à environ 1 km supplémentaire. Sans cette pondération, vos indicateurs vous mentent.
Comprendre les métriques CTL, ATL et TSB

Pour aller plus loin sur la mécanique de ces trois indicateurs, ce guide complet du CTL, ATL et TSB pour le coureur amateur détaille les calculs et les pièges d'interprétation.
Lire ses indicateurs pour décider
Calculer sa charge ne sert à rien sans décision derrière. Concrètement, un CTL qui grimpe régulièrement signe une préparation qui prend ; un TSB durablement très négatif annonce une surcharge à corriger ; un TSB nettement positif les jours précédant la course confirme un affûtage réussi. C'est en croisant ces signaux avec votre variabilité cardiaque et votre sommeil que vous prenez les bonnes décisions au bon moment.
Application pratique sur un cycle réel
Pour rendre ces chiffres concrets, voici un extrait simplifié d'une montée en charge orientée ultra, dénivelé pondéré inclus. On y voit la forme de fond (CTL) progresser, puis le TSB basculer franchement dans le positif lors de l'affûtage, avant l'énorme pic de fatigue généré par la course elle-même.
Exemple de montée en charge pour un ultra de 170 km
| Semaine | Volume (h) | D+ (m) | CTL | ATL | TSB |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 10 | 1 500 | 50 | 45 | +5 |
| 4 | 12 | 2 000 | 65 | 60 | +5 |
| 8 | 15 | 3 000 | 90 | 85 | +5 |
| 12 (affûtage) | 8 | 1 000 | 110 | 50 | +60 |
| 16 (course) | 30 | 9 900 | 120 | 150 | -30 |
Protocoles de reprise post-blessure pour ultra-traileurs
La blessure fait partie du parcours de la plupart des ultra-traileurs. Savoir revenir intelligemment, sans rechute, vaut mieux que tout record d'entraînement.
Blessures courantes en ultra-trail
Les pathologies que l'on rencontre le plus souvent sont les tendinopathies (tendon d'Achille, tendon rotulien), les fractures de stress, les entorses de cheville et le syndrome de l'essuie-glace. Leurs causes sont presque toujours les mêmes : une surcharge mal gérée, un manque de renforcement musculaire et un matériel inadapté, en particulier des chaussures usées ou mal choisies.
Les blessures courantes en ultra-trail

Protocole de reprise après fracture de stress
La reprise après une fracture de stress métatarsienne illustre bien la logique de paliers. On part d'activités sans impact, on réintroduit la course à très basse intensité, puis le dénivelé, et enfin les séances spécifiques. Chaque passage de phase est conditionné à un indicateur objectif : absence de douleur, variabilité cardiaque stable, absence de gonflement.
Protocole de reprise après fracture de stress
| Phase | Durée | Activités | Intensité | Indicateur de progression |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 semaines | Marche active, natation | Z1 | Absence totale de douleur |
| 2 | 4 semaines | Footing très lent (30-45 min) | Z1 | Variabilité cardiaque stable |
| 3 | 4 semaines | Footing + dénivelé (200 m de D+) | Z1-Z2 | Pas de gonflement |
| 4 | 4 semaines | Réintroduction des séances spécifiques | Z2-Z3 | Force symétrique au test |
Suivi de la variabilité cardiaque et de la disponibilité
Pendant une reprise, vos données valent de l'or. La variabilité cardiaque (HRV) mesurée au réveil et un score de disponibilité quotidien vous disent si votre organisme tolère la charge ou s'il sature. C'est un garde-fou bien plus fiable que la motivation, qui pousse souvent à en faire trop. Pour mettre en place ce suivi sans matériel coûteux, voyez comment mesurer votre HRV en running sans capteur dédié, et comment vérifier que vous êtes assez récupéré avant de vous entraîner.
Au moindre doute persistant, croisez ces signaux avec ceux décrits dans notre guide sur les signes de surentraînement en course à pied.
Simuler les conditions d'un ultra : nuit, fatigue, équipement
S'entraîner, c'est aussi répéter les conditions réelles de la course. Un ultra de 170 km vous confrontera à la nuit, à la fatigue accumulée et à un matériel qu'il faut maîtriser parfaitement.
Entraînements nocturnes
Courir de nuit modifie tout : la perception du terrain, l'équilibre, la vigilance et le moral. Deux à trois sorties nocturnes de 2 à 4 heures suffisent à dédramatiser la frontale et à apprivoiser la fatigue nerveuse. C'est aussi le moment idéal pour valider votre éclairage et vos vêtements chauds.
Checklist équipement pour une sortie nocturne
Frontale
200 lumens minimum, avec une batterie de rechange.
Veste
imperméable et coupe-vent, testée par temps froid.
Ravitaillement
gels et aliments solides pour éviter l'hypoglycémie.
Sécurité
téléphone chargé, sifflet, couverture de survie.
Fatigue cumulative
La signature d'un ultra, c'est l'effort sur un organisme déjà fatigué. Pour l'anticiper, rien ne vaut le week-end choc : une longue sortie le samedi suivie d'une rando-course le dimanche, voire un bloc sur trois jours. Vous apprenez ainsi à courir sur des jambes lourdes, exactement comme dans les dernières heures de course.
“On ne prépare pas un 170 km en cherchant à être frais à chaque séance. On apprend à fonctionner fatigué, parce que c'est précisément l'état dans lequel se joue la fin de course.”
Tester son équipement
Chaussures, sac, bâtons, gourdes : aucun matériel ne doit être découvert le jour J. Utilisez chaque pièce sur au moins trois sorties longues pour repérer les frottements, les points de pression et les défauts d'autonomie. Les bâtons, en particulier, demandent une technique qui s'acquiert à l'entraînement.
Analyser ses données post-course pour progresser
L'ultra ne s'arrête pas à la ligne d'arrivée. L'analyse de vos données est ce qui transforme une expérience en progression mesurable pour la prochaine échéance.
Données clés à analyser
Après la course, plusieurs indicateurs racontent votre effort : la vitesse moyenne par segment, le dénivelé horaire, la fréquence cardiaque et, si vous disposez d'un capteur, la puissance. L'objectif est d'identifier où et quand vous avez décroché, et pourquoi : nutrition, pacing trop ambitieux, gestion thermique ou simple fatigue.
- 5 à 8 km/hplage de vitesse moyenne typique selon le profil du parcours et le dénivelé.
- 115 à 135 bpmfréquence cardiaque moyenne soutenable sur la durée d'un ultra.
- 60 à 90 g/happort glucidique cible à comparer à ce que vous avez réellement ingéré.
Repères d'ordre de grandeur, à personnaliser selon votre profil
Pour structurer cette démarche d'une course à l'autre, inspirez-vous de la méthode pour comparer deux séances de running et mesurer sa progression, transposable à l'analyse de deux courses.
Croiser charge, forme et performance
L'analyse la plus puissante consiste à relier votre performance du jour à votre historique de charge. Une course réussie sur un CTL solide et un TSB bien positif valide votre préparation ; une défaillance malgré une grosse charge interroge votre affûtage, votre récupération ou votre nutrition. C'est ce dialogue entre données et ressenti qui fait progresser, saison après saison.
Préparer un ultra-trail de 170 km, c'est accepter de jouer sur le long terme : progressivité, volume maîtrisé, spécificité du dénivelé et de la nuit, pilotage objectif de la charge et capacité à revenir intelligemment après un pépin. En traitant votre préparation comme un projet piloté par les données plutôt que par la seule volonté, vous arrivez sur la ligne de départ confiant, entraîné, et surtout en bonne santé. Le reste, c'est l'aventure.
Questions fréquentes
Structurez votre préparation en trois phases : une phase de base de 8 semaines pour construire le volume aérobie, une phase spécifique de 12 semaines pour le dénivelé et l'endurance, puis un affûtage de 4 semaines. Pilotez le tout avec vos indicateurs de charge CTL, ATL et TSB afin d'ajuster le volume à votre récupération réelle plutôt qu'à un calendrier théorique.
Visez 3 000 à 5 000 m de dénivelé positif par semaine lors du pic de préparation, avec au moins une sortie longue dépassant 1 500 m. Si vous habitez en région plate, simulez ce dénivelé avec des escaliers, un tapis incliné ou une sortie en montagne mensuelle.
Pour un 170 km, vos sorties longues doivent progressivement atteindre 6 à 10 heures, avec un week-end choc combinant par exemple 8 h le samedi et 4 h le dimanche. Alternez course et marche pour accumuler le volume et la fatigue spécifique sans vous épuiser.
Priorisez les trois séances qui ont le plus d'impact : la sortie longue, une séance de qualité (seuil ou côtes) et une séance de renforcement musculaire. Réduisez les footings faciles plutôt que de sacrifier ces piliers, et profitez de chaque sortie pour travailler le dénivelé.
Une baisse durable de votre variabilité cardiaque, un TSB profondément négatif, une fatigue persistante, des troubles du sommeil ou de l'humeur et des douleurs musculaires qui ne passent pas sont des signaux d'alerte. Réduisez alors le volume de 20 % pendant une semaine et surveillez votre score de disponibilité quotidien.
Oui, prévoyez au moins deux sorties nocturnes de 2 à 4 heures pour habituer votre organisme à la fatigue nerveuse et à la course à la frontale. C'est aussi l'occasion de tester votre éclairage, vos vêtements chauds et votre stratégie nutritionnelle dans des conditions proches de la course.
Consommez 60 à 90 g de glucides par heure et accompagnez-les d'électrolytes comme le sodium et le magnésium. Alternez gels, boissons et aliments solides pour limiter la lassitude et les troubles digestifs, et validez impérativement cette stratégie en sortie longue avant la course.
Utilisez une plateforme qui calcule votre charge CTL, ATL et TSB en pondérant le dénivelé, car un suivi basé sur la seule distance sous-estime fortement l'effort en trail. En croisant ces données avec votre variabilité cardiaque et vos performances, vous identifiez les périodes de surcharge avant qu'elles ne se transforment en blessure.
TOA



