L'ultra-trail n'est pas un marathon avec du dénivelé. C'est une discipline où la stratégie d'allure prime sur la vitesse de pointe, où la patience supplante la fougue et où l'analyse du terrain remplace la simple lecture du chrono. Sur une distance comme l'UTMB ou la TOR330, ce ne sont pas les jambes les plus rapides qui franchissent l'arche d'arrivée en tête, mais celles qui ont su moduler leur effort section après section, ravitaillement après ravitaillement, nuit après nuit.
Ce guide vous donne la méthode complète pour construire votre plan de pacing : du cadre conceptuel jusqu'à l'analyse post-course, en passant par les études scientifiques de référence et les cas pratiques sur les grands parcours alpins.
Comprendre la stratégie d'allure en ultra-trail
Avant de parler de chrono, il faut accepter une vérité contre-intuitive : sur ultra long, l'allure moyenne affichée par votre montre ne signifie presque rien. Vingt minutes à 6 min/km sur du plat roulant et vingt minutes à 18 min/km dans une montée à 18 % sortent toutes deux à environ 10 min/km de moyenne. Pourtant, le coût physiologique est radicalement différent. C'est ce paradoxe qui rend la stratégie allure ultra trail si spécifique : elle ne se construit pas avec une allure cible unique, mais avec un ensemble de fourchettes ajustées au terrain.
À retenir
- L'allure moyenne globale n'est pas un outil de pilotage en ultra-trail.
- Cinq variables structurent la stratégie : distance, dénivelé positif, technicité, météo, sections nocturnes.
- L'allure ajustée à la pente (GAP) traduit l'effort réel mieux que la vitesse brute.
- Un pacing réussi vise la régularité d'effort, pas la régularité de vitesse.
Les 5 variables qui définissent une stratégie d'allure en ultra-trail

Pourquoi le pacing route ne fonctionne pas en ultra
Sur marathon, le pacing repose sur une logique simple : une allure cible constante, calée sur votre seuil aérobie, déclinée kilomètre par kilomètre. Le terrain est uniforme, la durée d'effort tient en quelques heures, et les variations de fréquence cardiaque restent contenues. En ultra-trail, aucun de ces postulats ne tient.
Le pacing ultra trail doit composer avec des pentes oscillant entre -25 % et +25 %, des sols qui passent du bitume aux blocs rocheux, des températures qui peuvent varier de 30 °C en plaine à 0 °C en col, et des durées d'effort dépassant la fenêtre glycogénique de plusieurs ordres de grandeur. Tenir une allure fixe revient à provoquer une explosion métabolique dans la première montée, ou à se traîner sur les portions roulantes par excès de prudence. La logique change radicalement : on ne cherche plus à tenir une vitesse, on cherche à lisser un effort.
Allure ajustée à la pente : définition et limites
L'allure ajustée à la pente, ou Grade Adjusted Pace (GAP), corrige votre vitesse réelle en fonction de la pente du terrain pour estimer ce qu'elle vaudrait sur du plat. Une montée à 10 % à 12 min/km équivaut, en termes d'effort, à environ 7 min/km de plat. C'est l'outil de pilotage central de l'allure cible ultra trail, car il permet de comparer des sections incomparables visuellement.
Mais la GAP a ses limites. Elle suppose une technicité homogène, ce qui est faux : un sentier roulant à 8 % et un pierrier à 8 % imposent des coûts énergétiques très différents. Elle ignore aussi la fatigue cumulée : une GAP de 6 min/km au kilomètre 10 n'est pas la même qu'au kilomètre 120. Enfin, elle ne tient pas compte de la nuit, de la chaleur ou du poids du sac. La GAP reste un excellent compas, mais elle ne remplace pas le ressenti et la fréquence cardiaque.
Lissage de l'effort vs. variations forcées par le terrain
La gestion allure ultra trail repose sur un arbitrage permanent entre deux logiques opposées. D'un côté, le lissage d'effort : maintenir une fréquence cardiaque et un ressenti stables, quitte à laisser l'allure GPS varier. De l'autre, les variations forcées par le terrain : une montée raide impose une marche, une descente technique impose une prudence, peu importe vos zones cibles.
Le compromis se construit autour d'un principe : laisser le terrain dicter les variations de vitesse, mais imposer son propre rythme cardiaque comme garde-fou. Si la pente augmente, l'allure descend mais la fréquence cardiaque reste dans la zone cible. Si le sentier devient roulant, on accepte d'accélérer modérément, sans jamais dépasser le plafond cardiaque fixé pour cette portion de course.
Ce que la science dit du pacing en ultra-trail
Contrairement à une idée reçue, l'ultra-trail ne manque pas de données. Plusieurs études majeures ont disséqué les comportements de pacing sur les grandes courses internationales, et leurs conclusions sont remarquablement convergentes : la régularité gagne.
Coefficient de variation d'allure et classement à la Western States
| Classement | Coefficient de variation moyen | Écart-type |
|---|---|---|
| Vainqueur | 11,9 % | 2,1 % |
| Top 3 | 13,4 % | 2,5 % |
| Top 5 | 15,2 % | 3,2 % |
| Top 10 | 16,8 % | 3,8 % |
| Finishers (médiane) | 21,5 % | 5,4 % |
Coefficient de variation d'allure : vainqueurs vs. top 5

L'étude Hoffman 2014 : 24 ans de données WSER
Martin Hoffman a publié en 2014 une analyse rétrospective de 24 années de données sur la Western States Endurance Run, couvrant plus de 5 000 finishers. Son objectif : identifier les patterns de pacing ultra trail associés à la performance.
Le résultat central tient en un chiffre : 11,9 %. C'est le coefficient de variation d'allure moyen des vainqueurs de l'épreuve, calculé section par section. Plus le coureur termine loin, plus son coefficient grimpe — atteignant 21,5 % chez le finisher médian. Autrement dit, les meilleurs ne sont pas seulement plus rapides, ils sont aussi nettement plus réguliers. La strategie pacing ultra la plus efficace consiste à minimiser les écarts d'allure ajustée à la pente entre sections, et non à attaquer les portions favorables pour compenser ailleurs. Cette régularité s'accompagne d'un autre marqueur : les vainqueurs partent volontairement en retrait sur les premiers checkpoints, et remontent ensuite progressivement.
Tan 2016 et Suter 2020 : confirmation sur l'UTMB
Les travaux de Tan en 2016, puis ceux de Suter et al. en 2020 sur l'UTMB, ont confirmé le pattern européen. Sur l'UTMB, où le profil est nettement plus exigeant que la WSER en termes de dénivelé pur, le rythme ultra trail des finishers performants reste caractérisé par une distribution d'effort lissée.
Suter a notamment montré que les finishers du top 10 maintenaient une fréquence cardiaque relative en zone 2 basse pendant les 100 premiers kilomètres, avant d'accepter une dérive en zone 2 haute sur la dernière section. À l'inverse, les coureurs qui finissaient au-delà de la 500e place présentaient une fréquence cardiaque plus élevée dès le premier tiers, puis chutaient brutalement après le 80e kilomètre. Le constat est sans appel : partir trop fort ne ralentit pas seulement la fin de course, il aplatit l'ensemble du profil de performance.
L'étude WSER 2025 : âge, sexe et niveau de performance
L'étude WSER 2025, portant sur 3 800 finishers analysés sur 18 checkpoints, apporte une dimension supplémentaire à la strategie de course ultra trail. Elle montre que les meilleurs finishers ne sont pas en tête au premier checkpoint (le pourcentage de coureurs en tête au km 50 et finissant top 10 est inférieur à 30 %), mais qu'ils émergent généralement autour du 126e kilomètre.
L'étude révèle aussi que l'effet de la régularité d'allure est encore plus marqué chez les femmes et chez les coureurs de plus de 40 ans. Ces deux populations gagnent davantage à minimiser leur coefficient de variation, probablement parce que leur capacité à tamponner une erreur de pacing initial est plus limitée. Le message est clair : quel que soit votre profil, partir en retrait paie statistiquement.
Construire son plan d'allure par section
Passons à la pratique. Construire un plan allure ultra trail opérationnel se fait en trois temps : découper le parcours, attribuer des allures cibles par tronçon, et stress-tester le plan avec un cas concret.
Convertisseur d'Allure
Exemple de plan de pacing UTMB par section pour un objectif 36 heures
| Section | Distance | D+ | Allure GAP cible | FC cible | Temps de section |
|---|---|---|---|---|---|
| Chamonix → Les Contamines | 31 km | 1 400 m | 6'15/km | 72 % FCM | 4h10 |
| Les Contamines → Courmayeur | 48 km | 3 200 m | 6'45/km | 73 % FCM | 7h30 |
| Courmayeur → Champex-Lac | 43 km | 2 700 m | 7'15/km | 74 % FCM | 8h00 |
| Champex-Lac → Trient | 21 km | 1 350 m | 7'30/km | 75 % FCM | 4h00 |
| Trient → Chamonix | 28 km | 1 450 m | 7'45/km | 76 % FCM | 5h40 |
Découper son parcours d'ultra-trail en sections de pacing

Découper le parcours en sections exploitables
Un parcours d'ultra-trail ne se pilote pas en kilomètres. Il se pilote en sections, c'est-à-dire en tronçons délimités par des points opérationnels : ravitaillements, cols, basculements, changements de profil. Pour un plan de pacing pour la TOR330 avec D+ cumulé, le découpage naturel se fait entre les bases de vie principales, soit environ 6 à 8 sections de 40 à 60 km chacune.
Pour chaque section, notez quatre paramètres : la distance, le dénivelé positif et négatif, la technicité estimée (1 à 5), et l'horaire prévu de passage. Cette dernière information conditionne tout le reste : une section traversée à 3 h du matin sous la pluie n'a pas le même coût qu'à 14 h sous le soleil. Le découpage doit être suffisamment fin pour rester opérationnel (pas plus de 6 à 8 heures par section), mais suffisamment large pour absorber les micro-variations du terrain. Sur l'UTMB, le découpage canonique en 5 sections (Les Contamines, Courmayeur, Champex-Lac, Trient, arrivée) constitue une excellente base.
Calculer une allure cible par section
Une fois le découpage posé, l'étape suivante consiste à calculer allure ultra trail avec denivele pour chaque section. La méthode la plus robuste passe par trois étapes successives. Premièrement, estimez votre temps total réaliste en croisant trois sources : votre temps prédit par les calculateurs spécialisés, votre historique sur courses similaires, et le temps des coureurs de votre niveau sur l'édition précédente.
Deuxièmement, soustrayez le temps cumulé prévu aux ravitaillements : comptez entre 5 et 15 minutes par poste, soit potentiellement 2 à 3 heures sur une course de 36 heures. Troisièmement, répartissez le temps de course pur entre sections en pondérant par le coefficient d'effort de chaque tronçon. Un tronçon à 80 D+/km mérite une pondération supérieure à un tronçon à 30 D+/km. Vous obtenez ainsi un temps cible par section, que vous traduisez en allure GAP cible et en zone de fréquence cardiaque. Cette allure GAP devient votre boussole pour le jour J.
Cas pratique : pacing UTMB sous 40 heures
Prenons un objectif concret : une strategie d allure pour finir l UTMB sous 40 heures. Sur les 174 km et 10 000 m de D+, en retirant 2 heures de ravitaillement, il vous reste 38 heures de course pure, soit une allure GAP moyenne théorique d'environ 7'15/km.
Mais cette moyenne masque la réalité opérationnelle. Sur Chamonix-Les Contamines (31 km, 1 400 D+), partez à 6'15/km en GAP pour boucler en 4h10. Sur Les Contamines-Courmayeur (48 km, 3 200 D+), passez à 6'45/km de GAP pour boucler en 7h30. Sur Courmayeur-Champex (43 km, 2 700 D+), acceptez 7'15/km de GAP pour 8h00. Sur Champex-Trient (21 km, 1 350 D+), 7'30/km de GAP suffisent. Enfin, sur Trient-Chamonix (28 km, 1 450 D+), 7'45/km de GAP vous permettent de boucler en 5h40 malgré la fatigue accumulée. Vous bouclez en 39 heures avec une réserve d'une heure pour les imprévus.
Allure cible, fréquence cardiaque et allure ajustée à la pente
Piloter son allure cible ultra trail ne se résume pas à un seul indicateur. Les coureurs les plus aboutis combinent trois capteurs en permanence : l'allure ajustée à la pente, la fréquence cardiaque et le ressenti. Aucun ne suffit isolément, tous se vérifient mutuellement.
Calculateur de Zones
Les trois capteurs du pacing en ultra-trail

Avant d'aller plus loin, prenez un moment pour formaliser votre plan de pacing dans un outil qui vous permettra de le rejouer le jour J.
Définir sa zone de fréquence cardiaque cible
La fréquence cardiaque reste le meilleur indicateur de l'intensité réelle de l'effort, à condition de quelle frequence cardiaque tenir en ultra trail être correctement calibrée. La règle générale est de viser une zone 70-78 % de la FCM sur la première moitié de course. Cette zone correspond à votre seuil aérobie, où l'oxydation des lipides reste majoritaire et où la dépense de glycogène est contenue.
Acceptez une dérive cardiovasculaire de 5 à 10 battements sur la durée de l'effort. Cette dérive est mécanique : déshydratation partielle, augmentation de la température centrale, fatigue myocardique. Elle ne traduit pas une accélération réelle. Concrètement, si votre cœur monte à 152 battements alors qu'il était à 145 pour la même allure GAP au début, ce n'est pas votre rythme qui a changé, c'est votre coût cardiaque qui a augmenté. Adaptez votre lecture en conséquence et ne paniquez pas.
Lire l'allure ajustée à la pente sans se tromper
La strategie allure ultra trail et GAP dépend de la qualité de votre lecture de la GAP en temps réel. Toutes les montres GPS proposent désormais ce champ, mais sa fiabilité dépend de plusieurs facteurs : la qualité du signal altimétrique, la fréquence d'échantillonnage et le lissage appliqué par le constructeur.
Trois précautions s'imposent. Premièrement, calibrez votre altimètre barométrique au départ et à chaque ravitaillement. Une dérive de 30 mètres sur l'altitude fausse la GAP de plusieurs dizaines de secondes par kilomètre. Deuxièmement, lisez la GAP sur une fenêtre glissante de 30 secondes ou 1 km, pas en valeur instantanée. La GAP instantanée fluctue trop pour piloter. Troisièmement, méfiez-vous de la GAP en descente technique : les algorithmes sous-estiment souvent le coût réel des descentes raides, où la prudence et la casse musculaire ralentissent bien plus que ce que la pente seule suggère.
Caler son ressenti d'effort sur l'échelle de Borg
Le troisième capteur, et sans doute le plus sous-estimé, c'est le ressenti. L'échelle de Borg modifiée (CR-10) propose une notation de 0 à 10 du niveau d'effort perçu. Sur ultra-trail, votre cadence ultra trail et votre ressenti doivent tourner autour de 4-5/10 pendant les 50 premiers kilomètres, autour de 5-6/10 sur le milieu de course, et n'excéder 7/10 que dans les derniers kilomètres.
Calibrez votre ressenti à l'entraînement en notant systématiquement la valeur Borg après chaque sortie longue, et en la comparant à votre fréquence cardiaque moyenne. Vous construirez ainsi une grille personnelle de correspondance. Le jour J, lorsque votre cardiofréquencemètre déconne (peau humide, sangle qui glisse, bug GPS), le ressenti devient votre filet de sécurité. Et c'est souvent lui qui détecte le surrégime avant les autres capteurs.
Marche, relances et tactique de course
Sur ultra-trail, la marche n'est pas une faiblesse. C'est une allure structurante qui peut représenter 30 à 50 % du temps total de course sur les épreuves les plus alpines. La tactique allure ultra trail consiste précisément à savoir quand basculer, comment relancer après et comment économiser en descente.
Quand passer en marche selon la pente et la fatigue cumulée

À quelle pente passer en marche
L'allure marche cote ultra trail devient économiquement supérieure à la course dès que la pente dépasse 12-15 % sur ultra long. À cette pente, la cadence de course nécessaire pour maintenir une vitesse supérieure à la marche soutenue impose un coût cardiaque disproportionné par rapport au gain de temps. Vous brûlez du glycogène pour quelques secondes au kilomètre, ce qui se paie cher 80 kilomètres plus loin.
La règle pratique : si la pente affichée sur votre montre dépasse 12 %, passez en marche soutenue dès la première montée, sans attendre la fatigue. Sur les pentes intermédiaires (8-12 %), le choix dépend de votre fatigue cumulée et de votre niveau. Au-delà du 100e kilomètre d'un ultra long, abaissez ce seuil à 8-10 %.
Relancer après une côte sans exploser
La gestion de la strategie allure ultra trail et frequence cardiaque se joue souvent dans les 200 mètres qui suivent un col. C'est le moment où la tentation de relancer fort, pour profiter du faux-plat ou de la descente, est maximale. C'est aussi le moment où la fréquence cardiaque, déjà haute en sortie de montée, peut s'envoler durablement.
La méthode : marchez 30 à 60 secondes au sommet, laissez votre cœur redescendre de 5 à 10 battements, puis reprenez la course progressivement. Sur les 500 premiers mètres post-côte, restez 5 à 10 secondes par kilomètre en dessous de votre allure GAP cible. Vous récupérez activement tout en avançant, et vous évitez la décompensation cardiaque qui plombe tant de pacings ambitieux.
Descendre relâché : la foulée brûlante
La strategie allure ultra trail et denivele positif ne se construit pas qu'en montée. Les descentes, surtout en seconde moitié de course, peuvent ruiner un pacing par excès de prudence ou par dégâts musculaires. La technique de la foulée brûlante consiste à laisser la jambe se dérouler librement, en hauteur de pas modérée, en relâchant les épaules et les bras.
Sur descentes douces à modérées (5-15 %), visez une allure GAP équivalente à votre allure de plat. Sur descentes raides ou techniques (>15 % ou sols casse-pattes), priorisez la préservation musculaire : casser les quadriceps au km 60 d'une course de 170 km vous coûtera bien plus que les minutes économisées sur cette descente.
Gérer la nuit, la chaleur et les imprévus
La meilleure gestion allure ultra trail anticipe les variables qui ne dépendent pas de vous : la nuit, la chaleur, l'altitude, la météo. Sur 30 à 40 heures de course, vous traverserez nécessairement plusieurs régimes climatiques et physiologiques.
Vigilance nuit
La fenêtre 2h-5h du matin est la plus piégeuse de toute course nocturne. Votre vigilance chute, votre température corporelle baisse, votre métabolisme ralentit. Anticipez ce ralentissement plutôt que de lutter contre lui : prévoyez une pause technique courte au ravitaillement le plus proche, un apport glucidique renforcé et un changement de couche thermique.
Modulation de l'allure selon la nuit et la chaleur en ultra-trail

Pacing nocturne : ralentir avant que la fatigue impose
La gestion de l allure sur les sections nocturnes en ultra trail repose sur une anticipation simple : votre allure va baisser de 10 à 20 % entre 2 h et 5 h du matin, quoi que vous fassiez. Cette baisse n'est pas une défaillance, c'est une réponse physiologique normale liée au rythme circadien.
Plutôt que de subir ce ralentissement, intégrez-le directement dans votre plan de pacing. Sur la section nocturne, abaissez votre allure GAP cible de 15 % et augmentez votre temps de section prévu en conséquence. Choisissez une lampe frontale d'au moins 600 lumens avec un éclairage de proximité large, marchez les portions techniques plutôt que de risquer la chute, et prévoyez un apport glucidique légèrement supérieur (60-80 g/h au lieu de 50-60 g/h diurnes) pour soutenir la vigilance.
Chaleur, altitude et adaptation d'allure
La strategie allure ultra trail en montagne avec forte chaleur impose des ajustements précis. Pour chaque tranche de 5 °C au-dessus de 20 °C, abaissez votre allure GAP cible de 3 à 5 %. À 30 °C, cela représente déjà une perte de 6 à 10 % sur votre allure théorique, soit potentiellement 2 à 3 heures sur une course de 36 heures.
L'altitude impose une logique similaire : au-dessus de 2 000 mètres, comptez une perte d'efficacité aérobie de 2 à 4 % par tranche de 500 mètres. Sur un parcours alpin avec plusieurs cols à 2 500-3 000 mètres, l'effet cumulé peut représenter 15 à 20 minutes de plus par section concernée. Anticipez ces pertes dans votre plan de pacing initial plutôt que de découvrir l'écart au km 120.
Correction d'allure GAP selon la température et l'altitude
| Condition | Seuil de déclenchement | Correction d'allure GAP |
|---|---|---|
| Température 20-25 °C | Référence | 0 % |
| Température 25-30 °C | +5 °C au-dessus de 20 °C | -3 à -5 % |
| Température 30-35 °C | +10 °C au-dessus de 20 °C | -6 à -10 % |
| Altitude 2 000-2 500 m | +500 m au-dessus de 2 000 m | -2 à -4 % |
| Altitude 2 500-3 000 m | +1 000 m au-dessus de 2 000 m | -4 à -8 % |
| Section nocturne 2 h-5 h | Fenêtre circadienne critique | -10 à -20 % |
Coupler pacing et nutrition pour tenir la distance
La strategie allure ultra trail et nutrition ne se dissocie jamais du plan d'allure. Un pacing parfait avec une nutrition défaillante mène à la même issue qu'un pacing approximatif : le mur métabolique. Visez 60 à 90 g de glucides par heure dès la première heure, avec une bascule progressive vers du salé après la 10e heure de course. Pour approfondir, consultez notre guide complet sur la nutrition récupération endurance.
L'alimentation pré-course conditionne aussi la qualité du pacing : une stratégie pré-effort solide sur une séance trail à intensité vous permet de tenir l'allure cible des 50 premiers kilomètres sans puiser dans vos réserves.
Méthode pratique : tester son pacing à l'entraînement
Un plan de pacing ne se valide pas le jour J. Il se valide à l'entraînement, dans des conditions contrôlées qui permettent de mesurer votre capacité réelle à tenir vos zones cibles. Gerer son allure en ultra se travaille comme n'importe quelle autre compétence.
Prédicteur de Course (VDOT Daniels)
Trois séances pour tester son pacing avant un ultra-trail

Sortie longue spécifique : reproduire le ratio km/D+
Pour préparer une allure cible par section pour un 100 km de montagne, organisez une sortie longue de 4 à 6 heures à six semaines de l'objectif, sur un parcours reproduisant le ratio km/D+ de votre course. Si votre course cible affiche 80 D+/km, votre sortie test doit afficher au moins 60 D+/km pour rester représentative.
L'objectif n'est pas de finir vite, mais de tenir l'allure GAP cible de votre première section de course pendant toute la durée de la sortie. Vous validez ainsi votre capacité à maintenir votre fréquence cardiaque dans la zone cible, à enchaîner les montées sans dépasser les seuils, et à gérer le ravitaillement à intervalles fixes. Notez votre coefficient de variation d'allure GAP à la fin de la séance.
Analyser son coefficient de variation après chaque sortie
Comment ne pas partir trop vite en ultra trail s'apprend en analysant systématiquement vos sorties post-séance. Strava et Garmin Connect exportent vos données d'allure et de fréquence cardiaque, mais ne calculent pas directement le coefficient de variation. Utilisez un outil d'analyse spécialisé ou un tableur simple : moyenne d'allure GAP par tranches de 5 km, écart-type, division de l'écart-type par la moyenne.
Visez un coefficient de variation inférieur à 13 % sur vos sorties longues. Si vous êtes au-dessus, identifiez les sections où l'écart se creuse : départ trop rapide, descente trop attaquée, relances post-côte trop agressives. Pour aller plus loin, notre guide sur l'analyse des données d'entraînement détaille les indicateurs à suivre semaine après semaine.
Charge d'entraînement, fraîcheur et pacing du jour J
Comment calculer son allure cible sur UTMB dépend aussi de votre état de forme au départ. Une charge d'entraînement bien dosée se traduit par un TSB (Training Stress Balance) positif au jour J, idéalement entre +5 et +15. Un TSB trop négatif (-20) signifie que vous arrivez fatigué et que votre allure cible doit être revue à la baisse de 5 à 10 %.
À l'inverse, un TSB trop positif (>+20) indique un affûtage excessif : vous risquez le surrégime initial par excès d'énergie. Surveillez votre courbe CTL/ATL/TSB sur les 21 derniers jours avant la course, et adaptez votre plan de pacing en conséquence. Pour creuser ce point, notre article sur les symptômes d'une charge d'entraînement excessive vous donne les marqueurs à surveiller.
La construction d'un pacing d'ultra-trail demande de la rigueur, de la patience et un suivi data-driven sur toute la préparation. Les outils existent, les études aussi : ne courez pas votre prochain ultra à l'instinct.
Questions fréquentes
Découpez votre parcours en sections entre ravitaillements et assignez à chacune une allure ajustée à la pente cible, encadrée par une zone de fréquence cardiaque (typiquement 70-78 % de la FCM en première moitié de course). Pilotez votre effort avec trois capteurs combinés : allure ajustée pente, fréquence cardiaque et ressenti. Visez un coefficient de variation d'allure inférieur à 13 % entre sections, conformément aux données issues de la Western States.
Sur un 100 km de montagne avec 5 000 à 7 000 m de D+, l'allure moyenne réelle se situe généralement entre 7 et 11 min/km selon la technicité. Mais cette moyenne n'a aucun intérêt opérationnel : raisonnez par section, avec une allure ajustée à la pente cible entre 5'30 et 6'30/km sur portions roulantes, et un effort cardiaque en zone 2 basse durant les 50 premiers kilomètres.
Fixez-vous un plafond de fréquence cardiaque sur la première heure (typiquement 75 % FCM maximum) et tenez-le, même si vous vous sentez frais. Acceptez d'être doublé. Les données WSER 2025 montrent que les meilleurs finishers ne sont pas en tête au premier checkpoint mais autour du 126e kilomètre. Partir 5 % en dessous de votre allure cible vous fera gagner en moyenne 15 à 30 minutes sur la durée totale.
Partez de votre temps objectif global, soustrayez le temps cumulé estimé aux ravitaillements (1 à 3 heures sur 36 heures), puis répartissez le temps restant section par section en pondérant par le D+ et la technicité. Un calculateur d'allure ajustée à la pente vous aide à traduire un objectif global en allure cible par tronçon, plutôt qu'en allure moyenne théorique inutilisable.
Sur la première moitié de course, restez sous 78 % de votre fréquence cardiaque maximale, idéalement entre 70 et 75 %. Acceptez une dérive cardiovasculaire progressive de 5 à 10 battements sur la durée. Si vous dépassez 82 % FCM hors côte courte, votre stratégie d'allure est trop agressive et vous paierez la facture dans le dernier tiers.
Oui, dès que la pente dépasse 12 à 15 % sur ultra long, marcher devient plus économique que courir. La marche soutenue avec bâtons permet de préserver le glycogène musculaire et de maintenir une fréquence cardiaque plus basse. Entraînez-vous à marcher vite : c'est une allure de course à part entière, pas un signe de faiblesse.
D'après l'étude Hoffman 2014 sur la Western States, les vainqueurs présentent un coefficient de variation d'allure de 11,9 % en moyenne, contre 15,2 % pour les cinquièmes. Visez un coefficient inférieur à 13 % calculé sur l'allure ajustée à la pente entre sections. Au-delà de 16 %, votre pacing est probablement trop irrégulier pour exprimer votre niveau réel.
Anticipez un ralentissement mécanique de 10 à 20 % entre 2 heures et 5 heures du matin, lié à la chute de vigilance et à la baisse de température corporelle. Intégrez ce ralentissement à votre plan de pacing dès le départ. Privilégiez une lampe frontale puissante, des sections de marche planifiées et un apport glucidique régulier pour maintenir l'éveil sans surcharger l'effort.
TOA
